samedi 31 janvier 2026

KINOCOSMANI (7) : Not Enough Anarchy In The UK!


Je suis conscient de me la ramener grave mais je pense que j'ai quelques idées défendables à caler dans l'univers de 28 Days/Weeks/Years Later.


C'est que je pense que j'ai vu assez de films de zombies et de fins du monde pour savoir quel dosage de violence pure, de fun décomplexé, de « shock value » et de sous-texte politique il faut touiller pour réussir une bonne histoire du genre.


Nous partons donc du principe que le Royaume-Uni est en quarantaine depuis 28 ans suite à une épidémie virale qui a transformé les gens en tueurs fous borderline cannibales. Plus rien n'y fonctionne et les survivants sont abandonnés à leur sort. Sort qui, en gros, est celui d'un joueur de Battle Royale.


Là, déjà, moi, j'imagine très bien des producteurs de télévisions européennes utiliser cette réalité sordide comme une grosse machine à gros audimat. On armerait et nourrirait les survivants mais jamais assez pour qu'ils s'en sortent réellement (wink wink, l'Ukraine) et les Britanniques ayant été évacués lors du premier film (dont Cillian Murphy) commenceraient à trouver ça un poil disgusting.


Au point de vouloir retourner au pays aider les survivants. Ou même -soyons fous, soyons altruistes-, les vacciner. Le souci étant que le seul moyen de rejoindre Folkestone est le tunnel sous la Manche, infesté de mitrailleuses automatiques, ou alors, il faut traverser Le Channel en bateau gonflable, malgré le mur de drones kamikazes dans le ciel (wink wink, la politique anti-migrants).


On peut aussi penser à des commandos russes cherchant à voler tout ce qu'il y a moyen de voler dans les bases du programme nucléaire britannique Trident, ce qui nous ferait un film avec la nature écossaise, des Spetsnaz, des quasi-zombies, des Delta Force et Cillian Murphy au milieu à moitié à poil avec sa machette, le tout recouvert d'une grosse menace nucléaire.


Tant qu'à évoquer le maraudage éhonté, vous n'allez pas non plus me faire croire que n'importe quel riche antiquaire un tant soi peu consciencieux accepterait l'idée que le mobilier Tudor pourrisse tranquillement dans les domaines royaux abandonnés. Ni que le contenu de la Tate Gallery ne serait pas évacué AVANT la population.


On peut aussi penser que dans un tel monde, un équivalent d'Elon Musk donnerait accès à Starlink aux survivants juste pour mieux les inonder de propagande anti-européenne (« ils vous ont lâché, blablabla ») (wink wink, Reform UK!)


Bref, il y a moyen de trouver autre chose à raconter, tout en respectant tous les codes du cinéma de genre et la logique même de cette franchise, que ce Bone Temple aussi vide que vain.


Faudrait juste se prendre un peu plus la tête, même pas beaucoup.


Parce que là, c'est juste digne d'un scénario de comic, d'épisode de remplissage de longue série télé, de produit dérivé, de « contenu ». Ca n'apporte rien, ça ne fait rien avancer. C'est de la fainéantise pure de la part du scénariste Alex Garland, puisqu'il s'est, en gros, juste contenté d'imaginer qu'un type à moitié cinglé - au bout de quasi 30 ans donc- , découvre par hasard que l'infection se guérit grâce à un mélange de morphine et de neuroleptiques (je rappelle quand même qu'il n'a fallu que 11 mois pour balancer à grande échelle le vaccin contre le Covid) ; ce qui lui permet d'ensuite danser sur le back-catalogue de Duran Duran avec un quasi-zomblard à très grosse quéquette (hashtag « bromance  crypto-gay»).


(Goof, en passant : Ralph Fiennes ne semble avoir de Duran Duran que l'album Rio dans son bunker. Or, Girls on Film et Ordinary World, qui sont clairement présentés comme des morceaux qu'il écoute en boucle, ne sont pas sur ce disque !)


A part ça, comme Garland nous en avait déjà fait part lors du premier film, en 2002, il pense aussi que les humains peuvent se montrer plus dégueulasses que les quasi-zomblards.


Dans 28 Days Later, il utilisait des militaires on va dire mentalement déroutés pour nous illustrer cette profonde pensée. Dans 28 Years Later : The Bone Temple, il nous le répète en nous montrant des adolescents ultra-violents (wink wink Orange Mécanique) parce qu'élevés à la mauvaise télévision du début des années 2000. Ils sont fans des Télétubbies et de Jimmy Saville (référence qui passera au-dessus du citron de 95% du public) mais aussi satanistes.


Durant des années, ils ont été la terreur du terroir mais il ne suffit que de quelques jours pour que la plupart d'entre eux meurent par... maladresse et/ou inattention. Affaire classée. En 01h47 de notre temps. De notre vie. C'est à peu près tout.


Bref, 6 ans après une pandémie mondiale, en plein bouleversement des valeurs et des alliances en place depuis 80 ans, en pleine panique/parano qu'une guerre mondiale puisse éclater d'un jour à l'autre, je pense donc qu'il faut vraiment se foutre de la gueule du monde pour venir juste taper sur la table un scénario qui semble surtout inspiré de ces vieux clips de Justice et Aphex Twin où des bandes de jeunes sauvageons terrorisent la population.


28 Years Later : The Bone Temple, petit film zemmourien à l'insu de son plein gré?


Howzat? 



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mardi 11 novembre 2025

LE JOURNAL DU QUINCADO (36) : LA NOSTALGIE, CAMARADE ?

 


"Moi, plus rien ne m'impressionne, à part un sample de chant zoulou sur du krautrock"


Novembre 2025 - Ces deux dernières années, je n'ai trouvé vraiment formidables que trois albums : I Inside The Old Year Dying de PJ Harvey, le premier The Smile, émanation de Radiohead, et Rack, le retour cogneur des Jesus Lizard. Le gros point commun entre tous ces artistes est bien entendu qu'ils étaient déjà tous actifs durant les années 1990, la décade de ma vingtaine.


Régulièrement, on voit citées dans les médias et sur les réseaux sociaux des études qui affirment qu'à partir de tel ou tel âge, on arrête de découvrir de nouveaux artistes et qu'en vieillissant, on se réfugie dans une zone de confort culturel. Je pourrais chipoter, ne fut-ce que parce que je n'écoutais pas The Jesus Lizard dans les années 1990 et que Radiohead a depuis toujours plus tendance à me concasser les roustons qu'à me streetspiriter mais admettons.


Admettons, vu que la musique sur ces albums correspond pleinement à ce qui s'apparente pour moi à des idéaux : le planant troublant pour les uns et une certaine violence voire une violence certaine pour les autres. Bref, des zones de confort pour Gen X qui n'a jamais vraiment tranché entre ambient, grunge, folk, electro et punk.


Seulement voilà, ces albums sont aussi tous des pis-allers. Je ne les écouterais pas tant que ça si sortaient aujourd'hui des choses correspondant à mon idéal absolu, qui n'existe en fait toujours pas vraiment.


Je pense en effet qu'en 2025, ce qui devrait s'écouter le plus, le mainstream qui se streame par millions, le robinet à boumboum, devrait ressembler à la musique du bar de Taffy Lewis dans le premier Blade Runner et à celle de la boîte de strip-tease de l'espace dans Outland.


Du bizarre vraiment bizarre qui mélange beats, incantations, vibrations sexuelles et ondes qui retournent le cerveau. Ces dernières années, ce que joue le duo DJ Front2Cadeaux ressemble parfois à ça. Un ou deux morceaux d'Acid Arab, aussi. Sinon, ce qui s'en rapproche le plus a souvent entre 30 et 40 ans : les Front 242 les moins structurés, de la new-beat vraiment cinglée, une moitié de l'album My Life in The Bush of Ghosts de David Byrne et Brian Eno, des machins trop vite torchés de Psychic TV, le remix de Nusrat Fateh Ali Khan par Massive Attack, des pépites du catalogue Crammed Discs et quelques trucs de Jon Hassell et de Don Cherry sur des albums tardifs et oubliés, jamais leurs meilleurs...


Voilà de quoi me tirer encore et toujours de ma zone de confort : un chanteur soufi sur du funk africain remixé par des punks de l'électronique. De la new-beat satanique à GUITARES. Du folk païen SANS guitares. Du kraut raï. Du jazz dub chinois. De l'afro-tibétain rasta. Bref, tout ce qui aurait pu et du se faire en 1983, commercialement éclater en 1984, et n'a curieusement jamais vraiment pris, aussi parce que la filière s'est embourbée dans la soupe genre Buddah Bar et que cette culture de crossovers contre-nature est aujourd'hui fort critiquée (l'appropriation culturelle, tout ça...).


Malgré ma cinquantaine bien tapée, je ne suis donc pas du tout fermé à une certaine nouveauté mais alors vraiment neuve, espérant même toujours une prochaine révolution musicale globale à laquelle personne ne semble pourtant encore croire. 


Le Grand Soir du Grand Méchoui.


En revanche, je suis complètement fermé à beaucoup de ce qui est aujourd'hui présenté comme nouveau et excitant : cette énorme couillonnade de Rosalia - quasi un sketch des Inconnus -, le énième rap mongolo où l'autotune sonne comme un dauphin en pleine crise de foie, les boîtes à meuh disco façon Ed Banger, les rappeurs muets, le plus toc de TikTok...


Le futur musical que j'attendais n'est pas arrivé. Blade Runner non, Idiocracy oui. Crammed Discs, non. Zaho de Sagazan, oui. D'où la zone de confort. Aussi parce que je trouve la réinvention de PJ Harvey à 55 ans en prêtresse indus-folk et la patate juvénile toujours intacte des Jesus Lizard pourtant désormais sexagénaires beaucoup plus réjouissantes, riches et étonnantes que toutes ces imbécillités à peine nées et déjà ringardes.


Je ne pense sinon pas que le plus déterminant là-dedans se limite juste à des questions d'âge, de goûts et d'attentes. Un facteur important qui me semble toujours échapper à ces études sur la consommation musicale selon les démographies est celui des modes actuels de fabrication de la musique. Pas seulement le recours aux ordinateurs, aux presets, aux mélodies Nokia et autres passades technologiques.


Le fait que les sons soient aujourd'hui pensés pour être majoritairement écoutés en streaming sur des ordinateurs et des téléphones, le plus souvent via des écouteurs. Que la musique « nouvelle » soit donc fermement compressée, ce qui peut s'apparenter à du bombardement sonique, du gavage informationnel. Ce qui peut heurter, au sens le plus premier du terme.


Bref, ce sont peut-être surtout mes oreilles et mon cerveau qui cherchent une zone de confort, un bunker aménagé même, dans un monde musical moderne où la pire soupe peut être sournoisement mais réellement beaucoup plus violente - génératrice de séquelles physiques et nerveuses - que Jesus Lizard, Birthday Party, Slayer et Napalm Death ne l'ont jamais été.


L'abus d'Angèle nuit à la santé, oui, oui. C'est scientifique. 



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dimanche 6 juillet 2025

FRAPPEZ SANS ENTRER

 




Reprenons. En plus clair. 


Moi, je ne trouve en rien scandaleux, ni même triste, que Cinq Heures, l'émission de la RTBF animée par Rudy Léonet et Hugues Dayez, s'arrête. Je n'en étais pas client. Ce n'est pas mon univers. A vrai dire, je ne comprends même pas comment on peut vouloir animer et écouter une même émission durant 30 ans. C'est juste mon avis. Un truc que je pense vraiment. Zéro provoc, zéro moquerie. Mon cerveau est ainsi câblé que j'aime les propositions courtes : Joy Division plutôt que New Order. The Office UK plutôt que The Office US. Radio Cité, pliée en seulement 8 ans, plutôt que Classic 21, là depuis plus de 20. De Caunes à Rapido plutôt que De Caunes à Nulle Part Ailleurs. Ce genre. 


Ce que je trouve en revanche scandaleux, c'est de publier des articles vite branlés juste destinés à foutre la personne qu'ils entendent emmerder dans la sauce, sur base de vieilles rancoeurs et de témoignages anonymes. Ce que j'ai critiqué dans mon billet de blog précédent, Voici Le Temps des Assassins, en étant peut-être juste un peu trop cryptique et allusif. En nettement plus cash, disons donc que je n'en ai rien à branler que Rudy Léonet poussait des gueulantes (ou pas) sur son personnel lorsqu'il était directeur de Pure FM, de 2003 à 2015 ! C'est peu élégant mais pas encore criminel. Personne n'a d'ailleurs porté plainte. Elle est où, dès lors, l'info ? Il est où, l'intérêt général ?


Cet article du Vif dont je parle évoque le « management toxique » de Rudy Léonet, ce qui relève de l'ad hominem, en zappant complètement le fait que Léonet est en fait aujourd'hui lui-même victime de management toxique. Ce qui ne relève pas d'une sorte de retour de karma bien mérité mais d'une politique managériale qui envenime totalement l'environnement de travail à la RTBF, à tous les niveaux, à tous les échelons et depuis pas mal de temps. Quelque chose dont Léonet a peut-être été un rouage, il y a 10 ou 20 ans. Ou peut-être pas. Pas le pire, quoi qu'il en soit. Voilà. Ca, c'est un VRAI sujet. S'attaquer à la "machine à broyer", comme l'a dénoncée très courageusement Benjamin Schoos sur Facebook ce dimanche 6 juillet 2025. 


Enquêter, écrire là-dessus, afin d'aussi pousser les responsables et les politiques qui les chapeautent -tous bords politiques confondus - à se remettre en question en dénonçant leurs errances éthiques. Voilà qui est beaucoup plus important (et journalistiquement valorisant) que de savonner la pente vers la retraite définitive de quelqu'un qui n'a aujourd'hui plus aucun pouvoir et n'en avait, à vrai dire, déjà plus beaucoup depuis 10 ans. 


Vital même. Parce que ce « management 2.0 » comme la RTBF le qualifie très pompeusement a déjà conduit 4 personnes au suicide depuis l'an 2000. Or, plutôt que de se questionner sur leurs responsabilités dans ces morts, les décideurs ont simplement fait grillager les fenêtres du 11ème étage, histoire de rendre impossibles les défenestrations. Avant de continuer tranquillou à pressuriser et mépriser le personnel technique, les pigistes, les stagiaires, les petites mains, les sans noms et même certains journalistes aux dents ne rayant pas assez les parquets. Tout en passant la pommade aux divas des micros et autres directeurs inaptes. Notamment en ignorant sciemment leurs caprices, leurs saloperies et leurs harcèlements. 


Oui, des violences à la RTBF, pas que psychologiques d'ailleurs, j'en connais de bien plus gratinées que les gueulantes de Léonet décrites dans Le Vif. Dont pas mal impliquant de grandes figures des luttes intersectionnelles, d'ailleurs. A la RTBF, on fabrique des burn-outs, des bore-outs, des dépressions, du stress à la tonne et puis Viva For Life, de mauvaises chroniques, de l'info et de l'entertainment. Quasi dans cet ordre. Et les journalistes très férus de lutte sociale -à la Médor, le fan-club d'Edwy Plenel-, pourtant censés être sur la balle au moment de dénoncer le harcèlement moral, la toxicité hiérarchique et l'oppression systémique, regardent toutes et tous ailleurs. Depuis des années. 


Parce que évidemment, s'attaquer à ça, c'est dire adios à toute possibilité de carrière sérieuse dans les médias, puisque malheureusement, la RTBF, qui ne serait forcément pas du tout contente de voir dévoilée sa popote interne bien rance, reste l'un des seuls débouchés permettant de vivre du journalisme en Belgique francophone. C'est aussi miné parce que le milieu est petit, sournois et incestueux. Même Médor, Wilfried, Imagine, Axelle et Le Vif gagnent à être en bons termes avec la RTBF, où c'est toujours win-win d'envoyer des chroniqueurs y vendre leurs compotes du moment. 


Vincent Flibustier avait osé s'attaquer aux coulisses de Reyers, il y a quelques années, quand il voulait fabriquer un journal sérieux à côté de son Nordpresse. Ca n'a duré que le temps d'un article, curieusement impeccable. Kairos aussi a pondu quelque-chose en 2023, moins bien... Mais qui lit Kairos et puis, surtout, qui a envie de faire mieux que Kairos quand on sait ce que Kairos se prend sur la gueule partout, tout le temps, même suite aux articles les moins douteux du site ? Perso, les complotistes me font sourire. Pas les corporatistes. Jamais. 


Depuis, nada. Des journalistes pour jouer aux concierges en allant renifler les poubelles à la recherche de vieilles capotes qui ne devraient pas y être et de brouillons de lettres d'insultes, oui. Des tas. Des kamikazes à couennes dures, avec une bonne assistance juridique et l'envie de taper un coup qui sauvera des vies à défaut de leurs fins de mois, par contre... Bernique. 


I send a SOS To The World.


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jeudi 3 juillet 2025

LE JOURNAL DU QUINCADO (35) : VOICI LE TEMPS DES ASSASSINS

 



En 1991, je travaillais dans un vidéoclub à Laeken. En semaine, j'y passais la musique que je voulais mais le soir du week-end où Rudy Léonet présentait à la radio une émission de musique de type Madchester, le gérant, un fan, nous l'imposait dans le magasin. J'aimais bien cette musique, même sous son versant le plus radiophonique : les premiers Saint Etienne, Electronic, Primal Scream, EMF... mais je détestais le ton utilisé par Léonet, qui me gâchait tout. Pour moi, c'était la musique de l'excitation, de la modernité, de l'endless summer of love, de l'englishitude, alors que lui la présentait d'une façon que je trouvais trop précieuse et vraiment ridicule. Comme si Macha Méril était soudainement devenue fan du Technique de New Order...


Quelques années plus tard, quand j'ai commencé à me foutre de la poire de Rudy Léonet dans les pages du magazine RifRaf, on a souvent suspecté que c'était par simple jalousie et rivalité journalistique. C'est que Rudy Léonet était très choyé par les labels. Il interviewait des groupes dans des palaces, nous dans des ascenseurs. Comme il en a fait grand cas dans un de ses bouquins, Léonet bénéficiait d'un « access all areas » tandis que nous, on se faisait refuser les pissotières des backstages de Dour, alors que Carlo Di Antonio, l'organisateur-pharaon du festival, était pourtant aussi censé être le directeur du magazine (dont il se foutait en réalité pour ainsi dire complètement).


Il n'y avait toutefois pas la moindre jalousie. Je n'ai jamais voulu de son job. Encore moins taffer à la RTBF. J'ai plutôt cherché à créer le mien, ma marque, affirmer une plume kamikaze non dénuée de fond et, surtout, bien me marrer. Sous haute influence des Guignols de l'Info et toutes proportions gardées, j'ai donc décidé d'être à Rudy Léonet ce que Brunio Gaccio et Benoît Délepine étaient à Jacques Chirac. Me payer la Macha Méril indie-rock des ondes belges.


La rivalité, c'était avec l'autre journal rock gratuit de cette époque, Mofo, qui pratiquait l'ad hominem moqueur d'une façon que je trouvais très ringarde. Les éditeurs de RifRaf n'étaient pas chauds pour publier de l'humour qui nous mette des gens à dos, comme Mofo, mais moi, j'estimais que torpiller Rudy Léonet, Alexandra Vassen et Bernard Dobbeleer plutôt que les cibles plus évidentes et faciles de Mofo valait le coup, y compris pour enfoncer cette concurrence, et j'y suis donc allé avec la légèreté du panzer roulant à la vodka Red-Bull de ma fin de vingtaine. Et puis, plus tard, j'ai continué ça par intermittence sur mon premier blog, dans Zone 02 et même au Focus-Vif.


Est-ce que c'était malin ? Non. Est-ce que c'était méchant ? Oui. Est-ce que c'était couillon ? Pas toujours. Est-ce que je le referais ? Oui. Est-ce que ça m'a professionnellement flingué ? Pas du tout. Il m'est bien quelques fois revenu que Rudy Léonet me confondait avec JC Poncelet de Radio Campus et l'attendait au tournant et était aussi furieux que l'on publie encore mes conneries en roue libre mais contrairement à d'autres, il ne m'a jamais menacé de procès, de cassage de gueule et n'a même pas été chez un journaliste-procureur-justicier chouiner que je n'étais pas du tout cool, voire même carrément toxique. En fait, je pense qu'il n'a même pas cherché à connaître ma tronche, vu que les rares fois où l'on s'est croisés, dans la même pièce mais sans se parler, il était manifeste que je lui étais complètement inconnu.


Autre question : est-ce que cette trollitude serait aujourd'hui encore appréciée et même permise ? Réponse : non. Le golden age des trolls rigolards publiés dans la presse est révolu. Voici le temps des assassins. A l'époque où je me foutais le plus de Rudy Léonet, il n'y avait pas que les Guignols de l'Info qui donnaient le ton. Les Inrocks étaient eux aussi vachement acides à l'égard de certaines figures culturelles, ainsi que le journal Libération sous la direction de Serge July. Sans même parler des Flamands de Humo et des Anglais de la propagande Brit-Pop, où les Frères Gallagher et Jarvis Cocker, entre autres, balançaient un flot continu d'hilarantes énormités. Remember Dennis The Penis? C'était méchant mais drôle et puis surtout, ça tirait dans le tas. Gauchistes, droitards, centristes mous, divas de la fashion, führers d'open-spaces, débiles divers : no escape ! Comme Le Petit Journal époque Pete Doherty mais en plus trash et beaucoup moins geek. 


Aujourd'hui, presque plus personne ne tire dans le tas. Le temps des assassins est au contraire celui des opérations militantes ciblées, d'un journalisme à la Edwy Plenel, à la Médor. A la Judge Dread : I Am The Law. On ne rigole pas, on dénonce, on condamne. On n'est pas juste cynique, on veut changer le monde. On a des pratiques similaires à celles du Mossad tout en se gargarisant de bienveillance. On en fait des caisses à propos de simples faits divers et on succombe par opportunisme crasseux au fameux « On te croit », pourtant l'antithèse même du premier précepte du journalisme.


Des dossiers de deux pages qui ne devraient concerner que les RH d'une boîte ou éventuellement notre équivalent des prud'hommes deviennent des articles destinés à foutre les accusés au ban de la société. Leur faire perdre leur taf, leur réputation, leurs amis. On utilise la presse et les réseaux sociaux comme caisse de résonance pour « gagner » quand il est à peu près certain de perdre en Justice. Et quand quelqu'un publie encore un article kamikaze et simplement fun à l'ancienne, qui tire dans le tas, comme Libé sur Eddy De Pretto il y a quelques années, ça provoque des indignations surjouées. Parce que rire de la poire d'une tomate, surtout homosexuelle et née dans le Quart-Monde, c'est aujourd'hui perçu comme faisant le jeu de l'extrême-droite. 


Je conchie cet état d'esprit et il me ferme en réalité bien plus de portes que ma grande gueule, des chroniques très anciennes ayant irrité une poignée de melons et les quelques casseroles qu'on a essayé de m'attacher au zigouigoui.


Je trouve nul pratiquement tout ce qu'a fait Rudy Léonet au long de sa carrière. Je n'aime pas les débats à la con auxquels participe Nadia Geerts et son amateurisme au moment de parler à la télévision. Je ne pense pas que Julie Taton et Marc Ysaye aient leurs places en politique. Je n'aime pas beaucoup ce que publie Marcel Sel. Je trouve la pizza de Marie Lecoq un énorme fail en termes de communication politique et j'assume totalement être à la source de la requalification de Margaux De Ré en « Députée-Influenceuse ». Et ne me lancez pas sur Sarah Schlitz et son équipe de Deschiens responsable du "Logogate" ! 


Reste que je pense encore et toujours qu'il est beaucoup plus sain de faire savoir tout ça en rigolant, de préférence avec verve et style, plutôt que de pousser une crotte soi-disant « factuelle » et ensuite se fantasmer poser pour la photo le pied sur le dos de la bête abattue, le shotgun à la main. J'en ai après leurs conneries, pas après leurs vies. J'en ai après leur cirque, pas après leurs ressources. J'en ai après leurs postures publiques, pas après leurs vies privées et leurs moments honteux. Ce temps des assassins est d'ailleurs l'une des seules choses au monde qui ne me fasse pas rire. Du tout. Au point de « soutenir » ouvertement des gens que je n'aurais jamais pensé soutenir, qui sont carrément à l'opposé de ce que je pense être bon et beau. Marcel Sel hier, Rudy Léonet aujourd'hui, Margaux De Ré demain si ça devait se présenter.  C'est dire. 


Petit émoji dégueulis, comme disait l'autre.



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vendredi 27 juin 2025

KID MOUISE

 

Mine de rien, « l'affaire Kid Noize » mérite que l'on s'y attarde un peu. A première vue, c'est juste un DJ d'electro de kermesse déguisé en singe qui a visiblement escroqué un organisateur de festival de 2000 personnes en envoyant une doublure masquée prester à sa place. Du LOL, de la barbaque pour l'émission Strip-Tease. 


En creusant un peu, en prenant un chouïa de recul et en oubliant aussi un instant ses propres penchants culturels et esthétiques, cette couillonnade en ce moment très discutée génère toutefois pas mal de questions et de pistes sur notre rapport à la culture, à l'entertainment, mais aussi à la réalité et aux simulacres.


D'abord, les faits. Le 21 juin 2025, dans le cadre de la Fête de la Musique, Kid Noize est programmé le même soir dans trois villes de Wallonie assez distantes les unes des autres : Frameries, Polleur et Attert. Entre ces deux dernières, via l'E25, Google Maps annonce 1h27 de route pour 123 kilomètres. Entre Frameries et Attert, c'est 212 kilomètres et entre Frameries et Polleur, 201 kms, via la E40. Bref, quelqu'un de plus attentif que la moyenne a relevé que c'était tout bonnement impossible que Kid Noize puisse jouer dans un créneau aussi court le même soir dans des endroits aussi éloignés les uns des autres.


Grégory Avau, le gars derrière le masque de singe de Kid Noize, n'a même pas cherché à le nier, annonçant vite qu'il s'agissait en fait d'un nouveau concept : Kid Noize est une marque, un collectif, blablabla. Il y a le « vrai » Kid Noize (lui), en passe d'arrêter les DJ-sets, et puis d'autres (des doublures) qui se mettent à reprendre le flambeau, blablabla. Tout le monde porte quoi qu'il en soit le même masque parce qu'en gros, tu payes pour le singe qui mixe du Daft Punk, tu vois le singe qui mixe du Daft Punk. C'est du show, de l'entertainment, bien davantage qu'une prestation artistique ou même un DJ-set au sens traditionnel du terme.


Le hic, c'est que Avau n'a visiblement déblatéré ça qu'après avoir été booké. Sans prévenir, donc. Dès qu'il lui a été demandé des comptes sur l'impossibilité kilométrique. D'où les accusations d'escroquerie et l'organisateur du festival de Polleur évoquant de probables poursuites en Justice. D'où aussi la déprogrammation de Kid Noize sur quelques festivals encore à venir de l'été 2025.


Il y a une dizaine d'années s'est éteinte d'elle-même une polémique très similaire et je suspecte pour ma part très fort Grégory Avau de s'en être très fort inspiré au moment de tenter de se défendre face aux accusations d'escroquerie mais aussi dans ses idées de développer Kid Noize comme une marque dans les mois et années à venir. 





Décédé en 2020, MF Doom est un rappeur dont les albums restent aujourd'hui très respectés mais qui s'était lui aussi fait choper à envoyer sur scène des doublures masquées à sa place sans prévenir personne. Vers 2007-2008, il a ainsi été remarqué que d'un concert à l'autre, MF Doom ne bougeait pas de la même façon, n'avait pas la même voix lorsqu'il s'adressait au public entre les chansons, perdait ou regagnait quelques tatouages d'un soir à l'autre et changeait même très vite de corpulence.


C'est en 2010 que la supercherie a été totalement « démasquée » (haha), lors d'un concert à Toronto où la doublure s'est carrément faite sortir de scène par le public, obligeant le vrai MF Doom à sortir des coulisses pour finir le concert en personne. Et ce n'est qu'alors que MF Doom, qui a pompé son nom et son masque du personnage de Docteur Doom (Fatalis en français) dans l'univers Marvel, a évoqué le concept des Doombots, lui aussi tiré de la bande dessinée, puisque l'une des caractéristiques du Docteur Doom est d'envoyer des répliques se prendre des pains sur la gueule de la part des 4 Fantastiques tandis qu'il reste bien au chaud dans son château hi-tech de Latvérie.


Mieux : MF Doom a ensuite totalement assumé ce recours aux doublures, faisant mine de totalement se foutre des polémiques que cela générait et ne se sentant même pas gêné de rafler le cachet d'un concert presté par une doublure dans une ville américaine alors qu'il avait pourtant été détaillé dans la presse quelques jours auparavant que le droit d'entrée aux Etats-Unis lui avait été refusé. Comme il n'y a jamais eu de poursuites judiciaires, ni de plaintes pour escroquerie, et que dès 2016 sa santé déclinante a de toutes façons envoyé sa carrière dans les ronces, la polémique avait quoi qu'il en soit fini par s'éteindre d'elle-même.


Alors, quelle suite pour Kid Noize ? Est-ce que son idée similaire de multiples Kid Noize très comparable aux Doombots de Doom peut fonctionner ? Est-ce qu'il va s'en sortir en faisant le dos rond et en surjouant l'arrogance ? A voir. Perso, je doute fort qu'il échappe aux accusations d'escroquerie pour les prestations multiples de cette Fête de la Musique 2025. Il est également clair qu'en cette fin juin 2025 la carrière et la réputation de Grégory Avau tanguent à peine moins que celle de Milli & Vanilli quand il a été remarqué que leurs prestations étaient plus proches de celles du Mime Marceau que du duo soul Sam & Dave.


Mais... Je pense aussi que dès qu'il est clair pour tout le monde qu'il ne s'agit plus de prestations DJ mais de show truqué revendiqué comme tel, le mec peut tirer sa petite entreprise de la crise qu'elle connaît en ce moment. Ca restera de l'animation de fancy-fairs, un truc sur lequel danser un pain-saucisse à la main. Le même jour : Kid Noize 1 au Bal du Bourgmestre d'Oupeye, Kid Noize 2 à la Brocante de Tilff et Kid Noize 3 à l'ouverture de l'Outlet Pimkie de Maasmechelen Village. Peak de cette possible carrière : Kid Noize remplaçant Zwarte Piet une bonne fois pour toutes.


Le grand-public est prêt pour ces conneries. Les pistes de secours en playback et les sets pré-mixés sur clés USB ne choquent plus aujourd'hui alors que lorsque j'étais jeune, celui qui osait un truc similaire risquait le goudron et les plumes. J'ai un jour passé un après-midi entier à causer avec un gars assez connu et très expérimenté qui connaissait fort bien les coulisses du monde musical et les trucages non avoués y étaient selon lui nombreux, y compris chez des groupes internationaux respectés, réputés éthiques et de grande valeur artistique. Moi-même, en 1991, j'ai vu jouer (?) Kraftwerk à l'Ancienne Belgique de Bruxelles et durant une bonne partie du concert, les membres du groupe n'étaient même pas sur scène, remplacés par des mannequins. Ce qui ne m'a pas spécialement dérangé. C'était du show, annoncé comme tel, prétendant même inviter à réfléchir. Le trip Baudrillard. Le virtuel, les simulacres. Visionnaire à l'époque. Banal aujourd'hui. Tellement banal que cela ne m'étonnerait donc pas que l'on en arrive très vite au même concert donné le même soir par des doublures du même artiste dans des lieux différents sans que cela ne choque plus personne. Ce qui se fait déjà via écrans, d'ailleurs. Le tout, étant de prévenir. D'adapter les émoluments et le prix des places.


Kraftwerk et le prix des tickets, parlons-en, tiens. Le 14 août 2025, ils sont annoncés Place des Palais. « Les pionniers de l'electro en plein coeur de Bruxelles ». Nulle part, il n'est précisé que Kraftwerk en 2025 ne compte en réalité plus qu'un seul membre original du groupe, aujourd'hui âgé de 78 ans et accompagné pour le coup de trois Flexyjobs. Nulle part, il n'est précisé que durant une bonne partie de ce concert, il n'y aura probablement pas un seul humain sur scène. Ni que l'acoustique de la Place des Palais est particulièrement dégueulasse. Pourtant, le prix du ticket varie de 80 à 150 balles.


Alors, je n'aime pas du tout ce que branle Kid Noize, je connais à peine ce qu'a sorti MF Doom et j'aime vraiment beaucoup ce qu'a créé et inspiré Kraftwerk. Reste que toutes considérations personnelles à l'égard de leurs vies, de leurs éventuelles légendes et de leurs oeuvres mises à part, il me semble tout de même indéniable que tous devraient avoir leur petit article détaillé dans le Grand Who's Who des Margoulins de la Musique. Certains étant peut-être juste plus couillons que d'autres au moment d'établir leurs contrats et devant surtout arrêter de se présenter comme DJ's alors qu'ils ne sont que des clowns. Depuis toujours. 



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dimanche 4 mai 2025

DE LA BEAUFITUDE EN 2025, N'EN DEPLAISE A ROSE LAMY

 




Qu'est-ce qu'un « beauf » aujourd'hui ? Qu'est-ce qu'être beauf en 2025?


Vous allez me citer des noms, des critères, des pedigrees.


Patrick Sébastien sera, forcément, pointé du doigt.


Cyril Hanouna.


Donald J. Trump. Bart De Wever, David Clarinval. Bouchez. 


Le Télévie, Vivacité. La RTBF et Bel-RTL pour l'ensemble de leurs oeuvres. TF1. La télé-réalité. 


Ce n'est pourtant pas si simple.


Déjà, parce que le concept même de beaufitude est une invention française et nous ne sommes pas français (moi, du moins).


C'est Cabu, dans Charlie Hebdo, au début des années 1970, qui se met à caricaturer sous le terme de «beauf» le Français (boomer) moyen et médiocre. Veule, peu cultivé, macho, raciste, con. De droite, le plus souvent. Ou du moins, de centre faussement mou. Les Bronzés, quoi. Surtout les personnages de Jugnot et Blanc.


Jean-Pierre Marielle en joue une tripotée au cinéma. Cela fait rire. En 1975, Yves Boisset fait toutefois basculer le concept dans le cauchemar prémonitoire avec son formidable Dupont-Lajoie. Pas du tout la même ambiance que Les Galettes de Pont-Aven. La beaufitude côté sombre. La classe moyenne faussement bonhomme, crapuleusement ordurière. Dupont-Le Pen.


Le beauf reste, cela dit, un concept très franco-français. En Wallonie, un baraki n'est pas un beauf : plus proche des prolos manipulés par Strip-Tease, voire de la famille de Massacre à la Tronçonneuse, que des rôles d'époque de Jean-Pierre Marielle et Jean Carmet. Un baraki, c'est le Quart-Monde, alors que le Beauf à la Française se dégotte plutôt en Belgique francophone parmi les notaires, les agents immobiliers, les antiquaires, les restaurateurs à 15 tables minimum la baraque à frites et les vendeurs de bagnoles.


En Flandre, oubliez tout. Le Voight-Kampf à beaufs n'y a plus de réseau. Même les millionnaires y aiment les saucisses dégoulinantes de sauce Samouraï, le foot et les farandoles sur Marina, Marina.


Aux Etats-Unis, on a bien les Rednecks et les White Trashs mais là aussi, on est plus proches du Quart-Monde que du beauf à la Cabu. Pas non plus pareil en Angleterre : les Chavs et les Lads ain't really beauf, don't they ?


Bref, voilà bien un concept social ouvert à tellement de particularismes locaux que chacun peut s'en fabriquer une définition personnelle, selon sa propre position sur Google Maps.


Adolescent, moi, c'est ainsi devant Jaws de Steven Spielberg que j'ai ressenti le plus gros tsunami de beaufitude. Emanant de la plupart de mes profs de gymnastique, aussi. Et dans l'airco de discothèques comme le Palladium de Baisy-Thy et la Doudingue de Waterloo. En fort résumé, je pense donc que la beaufitude tient davantage du « virus mental », comme dirait un autre beauf selon moi notoire, Elon Musk, que d'une carence culturelle associée à une classe sociale.


Voilà pourquoi je tique « mais alors grave » lorsque je lis sur  le site de la RTBF ce dimanche 4 mai 2025 que Rose Lamy, militante féministe française qui vient de sortir un essai titré « Ascendant Beauf », se contente de définir la beaufitude comme relevant d'un simple «déficit culturel ».


Non mais allô, quoi ? Ca vous arrive de travailler vos angles, les féminazes ? (Nazes, pas nazies!)


Beauf, c'est une orientation, une mentalité. Une finitude. 


Cela n'a strictement rien à voir avec le « mécanisme d’un mépris de la part d’une bourgeoisie intellectuelle et bien-pensante envers les classes plus populaires. »


C'est une fainéantise de l'esprit, largement et démocratiquement distribuée dans la société actuelle. J'ai ainsi vu, vraiment vu, de mes propres yeux vus, autant de beaufitude dans les galeries d'art de la digue de Knokke-Le-Zoute - où sont exposés des sous-Basquiat peints avec le pied gauche et des bouledogues en plastique hors de prix bien que produits à la chaîne en Chine- qu'à la Foire de Liège un samedi soir de novembre ; quand le Tout-Wanze en complet Adidas/Vuitton de Thaïlande descend se faire un tir aux craies et un remake de Furiosa en auto-tamponneuses. Au son des Démons de Minuit remixés techno oumpapa.


Ce n'est pas la différence crasse de classe sociale, les codes vestimentaires aux antipodes les uns des autres (encore que) et les supposées différences d'accès à la culture qui m'ont sauté aux yeux en comparant cela. C'est la similitude du manque de curiosité, de l'acceptation de la médiocrité, de se contenter de bouffer ce qui se trouve dans les gamelles les mieux exposées, les plus facilement bouffables.


Le fast-food pour cerveaux. La Zomblardifiction quasi générale. Zéro oppression d'une strate sociale sur l'autre, juste deux bulles indépendantes du multivers qui se rejoignent sur un seul et unique point : la paresse du ciboulot. Le bouton off bloqué. Riches zomblards, pauvres zomblards : il n'y a que le tarif de ce qu'ils consomment qui change. Ca n'en est pas moins la même merde, à peine déguisée, à peine updatée. Du toc. 


Moi, je n'oublie pas que fut un temps pas si lointain où la culture du petit peuple, des déclassés, des opprimés mais aussi de la bourgeoisie, c'étaient Les Mystères de Paris, Alexandre Dumas et Victor Hugo. Qu'avant d'être brainwashés par Big Brother et TikTok, les paysans irlandais et la working class britannique situaient parfaitement Dylan Thomas, William Blake et Thomas Hardy... Plus tard, les Beatles, les Stones, la soul et Joy Division. Peut-être même la techno et un certain hip-hop. Que jeune, ma génération, peu importe sa classe sociale, consommait aux chiottes Ellis, Selby et Despentes. Pas des morning routines sur Instagram. Pas des Reels d'Angele. 


Bref, je pense que l'exploitation de la beaufitude n'est pas tant une histoire de lutte et d'exploitation des classes qu'une manipulation à très grande échelle des marchés culturels mondiaux. Un nivellement par le bas en mode arrosage grand angle. Réfléchi. Voulu. Calculé. Optimisé. Oubliez French Connection et Chinatown pour les uns, Steven Segal et Chuck Norris pour les autres, voici le Marvel Cinematic Universe pour toustes et toutses. Arrêtez de lire des romans aux gogues, voici des images qui bougent et changent toutes les 30 secondes. Abracadabra. 


On peut résister. On doit résister. Il est même très très gai et fort enrichissant de résister. Prolos comme bourges, intellectuels comme demi-mongolos.


Vraie question : Rose Lamy entend-t-elle un jour résister ou a-t-elle déjà capitulé ?



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mardi 29 avril 2025

AU SUJET DE LA PROGRAMMATION DES ARDENTES : 2 MANY KAREN'S.

 

Revoilà la petite pelletée de féministes 2.0 nous sortant leur petit sketch annuel au sujet du manque de femmes dans la programmation du festival d'été liégeois (largement hip-hop) Les Ardentes. Scandale à leurs yeux : « sur environ 130 artistes dévoilés, seuls 25 s'identifient comme des femmes, personnes intersexes, non binaires, trans ou agenres (Finta). »


Réponse, logique, du programmateur Jean-Yves Reumont : « Dans le milieu hip-hop et rap, qui est l'ADN des Ardentes, encore plus que dans d'autres genres musicaux, la production féminine reste malheureusement très minoritaire ».


Que le bankable du moment en matière de hip-hop commercial soit de la bite est un fait avéré. Tout comme tient également du fait inchicanable que les femmes elles aussi bankables dans le genre sont le plus souvent des mégastars impayables à la Beyoncé, Rihanna, etc... C'est la réalité du marché. Un autre fait avéré : les Ardentes sont une entreprise commerciale, pas un cursus d'éducation permanente sur la parité et les inégalités de genre.


Le festival a, me semble-t-il, choisi de se focaliser sur le hip-hop parce que c'est ce qui cartonne en ce moment, sans aucune pensée militante ou revendicatrice. Les Ardentes cherchent à être au hip-hop ce que Tomorrowland est à la culture électronique. Un festival ouvertement commercial, à la programmation axée sur le « facile ». C'est critiquable, bien entendu. Mais, justement, quand on critique Tomorrowland, c'est que l'on est généralement plutôt client et admirateur du Mutek, du Sonar ou, à un niveau plus local, du festival Listen, non ?


Des festivals à la programmation plus variée, plus aventureuse, plus osée. Avec un côté justement militant, revendicateur. On ne s'y contente pas d'une queueleuleu d'artistes connus sur TikTok faisant taper dans les mains, on y présente le panorama d'une culture spécifique : ce qu'elle a été, ce qu'elle est, ce qu'elle devient. On y pose aussi les questions de marchés, de stéréotypes, de structures, d'avenirs, d'inclusivités, de révolutions dans les têtes et les pratiques...


Autrement dit, qu'est-ce qui empêche ces collectifs féministes d'organiser leur propre festival hip-hop plutôt que de désormais chaque année chicaner la programmation des Ardentes ? Un Off, une alternative, une concurrence... selon leurs propres priorités, selon leurs propres kifs ? Durant mes vertes années, j'ai connu bien des cultures musicales alors émergentes qui furent dans un premier temps ignorées et même moquées et dénigrées par l'establishment culturel.


Le rap fut ainsi expédié comme une mode disco qui allait durer six mois, le punk comme une activité de branleurs, la house comme de « la musique de pédés », l'electro comme tenant du playback et la techno comme juste un truc de nazis drogués.


Je ne vais pas ici refaire l'histoire de chacune de ces musiques, de chacun de ses dossiers. En gros, on sait comment ça a tourné, à chaque fois : tous ces artistes, tous ces genres, se sont développés dans les marges; dans leurs mondes, dans leurs alternatives, dans l'underground, avant d'être un jour éventuellement admis, voire récupérés, par l'establishment.


Il se fait que l'idée d'un festival hip-hop paritaire me semble très utopique et une utopie culturelle, ça se travaille donc, justement, dans les marges. C'est pourquoi je pouffe quand je lis que ce collectif féministe dénonce le manque de personnes Finta dans les équipes de programmation des Ardentes comme « une des causes principales du manque de représentation de ces artistes sur les scènes des festivals. »


Parce que ça ressemble drôlement à l'arrogance de gens sortis de nulle part bien décidés à expliquer la life et un métier à des programmateurs qui ont pourtant plus de vingt ans d'expérience. Des militantes qui n'y connaissent strictement rien en matière de budgets, de ciblages de public et de transactions contractuelles avec des agents internationaux mais vont quand même aller déblatérer des généralités sur le sujet. Voire du hors-sol total. Tout cela avec derrière l'oreille l'idée de juste rafler le job des mecs en place, persuadées de pouvoir faire mieux.


Et bien, fais-le, alors. Montre que ton utopie ne tient pas juste de la rêvasserie d'un groupe Whatsapp. Rends la séduisante, convaincante. Crées ton kif plutôt que de vouloir détourner et même voler celui des autres. Rejoins la grande histoire des entreprises culturelles émancipatrices plutôt que celle des comités ronchons. Sors de ta tablée de Karen's et travaille au futur que tu désires tant plutôt que d'attendre un résultat qui ne viendrait que de pressions et de dénonciations à la Adolfa Ramirez; à l'aide de médias complices zappant toute idée de remise en cause de tes arguments neuneu, et de stories sur Instagram invisibles au-delà de ta clique braillarde. 


Get a life, j'ai envie de dire. 


Mais ça va encore être mal pris.


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